La description et le symbolisme de l’unicorne dans la littérature française du XIIe et du XIIIe siècle
DOI :
https://doi.org/10.21301/EAP.v10i2.9Mots-clés :
unicorne, textes didactiques et allégoriques du Moyen Âge, France, Physiologus, bestaires, animal fabuleuxRésumé
La représentation de l’unicorne était incontournable dans les textes didactiques et allégoriques du Moyen Âge. Le savoir médiéval sur cet animal fabuleux provenait des sources de l’antiquité et de l’antiquité tardive (Ctésias, Pline, Solin et d’autres), transmises par le biais des Étymologies d’Isidore de Séville et notamment du Physiologus, écrit zoologique, symbolique et mystique. Les bestaires français traditionnels datant du XIIe et du XIIIe siècle – celui de Philippe de Thaon, de Gervaise, de Guillaume de Normandie et de Pierre de Beauvais – exposaient les données zoologiques sur cet animal fabuleux: possession d’une seule corne, force excessive, sa capture à l’aide d’une pucelle. Conformément au Physiologus, cette description était dotée d’une interprétation explicite, selon laquelle l’unicorne et la pucelle étaient interprétés respectivement comme les allégories du Christ et de la Vierge. À cette démarche des bestiaires traditionnels se rajoute le Bestiaire du pseudo-Pierre de Beauvais, qui, en conformité avec les innovations du XIIIe siècle, emploie la méthode de compilation, mais reste fidèle au genre traditionnel par son interprétation symbolique explicite des descriptions zoologiques. En revanche, le Bestiaire d’amour de Richard de Fournival manifeste une attitude nouvelle face à l’explication allégorique, en interprétant ces deux figures comme les emblèmes de l’amant courtois et de la dame, en témoignant ainsi du caractère arbitraire de l’interprétation allégorique. Les textes géographiques médiévaux décrivent cet animal comme une parmi d’autres curiosités de l’Asie et transmettent sur cet animal fabuleux le même savoir que les bestiaires, hormis La lettre du prêtre Jean, qui décrit la lutte entre le lion et l’unicorne, épisode dont la source reste inconnue. Alors que le symbolisme existe d’une manière implicite dans les textes géographiques (ainsi que d’une manière explicite dans la Mappemonde), étant donné que leur but était de faire l’éloge de la Création, au XIIIe siècle le côté zoologique de la description de cet animal prédomine. La représentation de cet animal fabuleux se rajoute ainsi aux tendences de cette époque de supprimer lentement l’explication allégorique des faits zoologiques.
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