Le vampire: Ancêtre mythologique dépossédé et symbole du potentiel masculin sexuel inassouvi
DOI :
https://doi.org/10.21301/eap.v1i1.10Mots-clés :
genre/sex, sexualité, masculinité, vampire, ancêtre mythiqueRésumé
A la fin du XVIIIe et tout au long des XIXe et XXe siècles, la littérature ethnographique offre des représentations diverses, bien que peu conceptualisées, qui permettent d'envisager le vampire dans le contexte d'une vie aberrante, d'une mort atypique ou d'une pratique funéraire inappropriée. Le culte des ancêtres comprend notamment des idées sur « la nature » de l'interdépendance qui régit les relations entre les vivants et les morts, ce culte n'étant qu'une construction basée sur un discours idéologique déterminé par le modèle culturel patriarcal, sur des rapports sociaux déterminés et sur une organisation structurelle. Les relations entre les vivants et les morts se limitent aux rapports de descendance en ligne masculine; elles présupposent des obligations réciproques: d'un côté, les descendants sont tenus de respecter les rites funéraires et les usages du deuil pour assurer le « sort posthume » du trépassé, ils sont tenus de porter des sacrifices à leurs ancêtres déifiés; de l'autre côté, les ancêtres sont dans l'obligation de protéger leurs descendants et de s'occuper d'eux. Afin de pouvoir se reproduire, une communauté doit prendre soin de l'âme du trépassé, c'est-à-dire: elle doit accomplir correctement les rites pour prévenir sa démonisation éventuelle. Dans ce sens, les représentations du vampire et du diable constituent un avertissement symbolique, rappelant que les trépassés ne sont pas tous nécessairement des ancêtres. Il en ressort que le modèle idéal des rapports hiérarchiques et respectueux entre les générations différentes, ancré dans la tradition patriarcale, ne dispose que d'une valeur relative dans la pratique: les représentations du vampire et du diable témoignent, en d'autres termes, de l'existence d'un fossé entre les générations dans une société patriarcale. Directement liés au comportement des descendants masculins, une vie ou un « sort posthume » aberrants fonctionnent comme un mécanisme qui permet d'exclure des relations sociales avec les morts tous ceux qui ne sauraient bénéficier du statut d'ancêtre. Ces exclus peuvent, par conséquent, être considérés comme des ancêtres mythiques dépossédés.
Dans la deuxième partie de mon étude, je cherche à démontrer que les concepts de masculinité peuvent être déconstruits par le biais d'une analyse des représentations mythologiques. En effet, les représentations mythologiques du vampire reposent sur des contradictions émergeant d'écritures objectivement différentes, comme le sont les écritures profane et religieuse. Par ailleurs, les représentations du vampire peuvent être considérées comme des constructions symboliques de certains modèles de la masculinité, et notamment des modèles ecclésiastique, non chrétien (païen) et séculier, mutuellement opposés. La collision entre les différentes écritures masculines a pour résultat le refoulement de celles qui ne font pas partie du discours public de la religion orthodoxe populaire. Le processus de christianisation latente entraîne ainsi une reproduction implicite des représentations où le vampire figure comme un symbole du potentiel masculin sexuel inassouvi.
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